Reportage

Dans le livre Dès l’Aurore, vous avez découvert le portrait de neuf familles d’agriculteurs.
J’ai eu la chance de les rencontrer, et de visiter leur exploitation durant quelques heures en leur compagnie.
Ci-dessous, la carte vous indique dans quelle région de France sont situées les exploitations.

La localisation des exploitations

Jean-François, Guillaume et Michel : Saint Etienne de Baïgorry
Roger et Mirentxu : Saint Etienne de Baïgorry
Nicolas : Gez
Jean-Paul, Claudine, Kevin et loïc : Merilheu
Guillaume : Lussan-Adeilhac
Capucine : Joch
Isabelle : Pardailhan
Félix, Laurine et Théo : Loubéjac
Claire : Volvic

Dès l’Aurore : où sont situés les agriculteurs qui ont participés Lire la suite »

Combien coûte vraiment la publication d’un livre photo ?

Retour à la réalité… et ça pique un peu !
💰 💳

Le projet entre dans une phase concrète

Le projet avance bien, et les choses sérieuses commencent : la publication du livre photo sur la vie des agriculteurs d’aujourd’hui entre dans sa phase concrète et il va bien falloir un jour au l’autre parler finance.

Mais il y a un truc que je dois vous avouer : l’argent et moi, ça fait deux.

C’est vrai ! ça ne m’a jamais vraiment intéressé de parler de thunes.

Mais aujourd’hui, je n’ai pas le choix : il faut que je regarde les choses en face.

Les coûts auxquels je ne pensais pas

💰 Coût d’Impression, d’emballage, d’expédition.. ahh oui quand même.

🪙 N’oublions pas les grands classiques français : l’URSSAF, la TVA… (je ne parle pas des impôts, c’est trop évident)

💶 Et voilà le meilleur pour la fin ! les “frais de chambre consulaire” !! Oui, il va falloir casquer pour ça aussi.

Je suis sûr qu’il y en a d’autre… enfin, bon.

Trouver le bon prix de vente

Publier un livre, ce n’est pas juste raconter une histoire, c’est aussi faire des calculs.

Et j’ai réalisé lors de ma visite chez l’imprimeur que le prix de vente final allait être décisif pour la viabilité du projet.

Je savais que je ne ferais pas fortune avec ce livre, j’en avais parlé dans Les Coulisses Du Bouquin mais là je me rends compte que je pourrais en perdre et même sacrément si je ne fais pas les bons choix !

J’ai besoin de votre avis

Et c’est là que j’ai besoin de vous 🙏 :

Avant de me lancer dans les ajustements nécessaires, j’aimerais avoir votre avis : je vous propose un petit sondage.

Imaginez…. vous êtes devant un rayon de livres. Vous en prenez un :

  • C’est 9 histoires de familles d’agriculteurs
  • format carré : 22 cm x 22 cm
  • 130 photos couleurs et noir et blanc
  • couverture rigide cartonnée
  • 192 pages (ça pèse un bon kilo… facile)
  • l’auteur est totalement inconnu.

Quel prix (TTC) vous attendriez-vous à voir écrit derrière la couverture ?

Voilà….

C’est tout.

C’est à vous de jouer.

Et si vous voulez encore plus m’aider sur ce coup-là, il suffit de re-publier ce sondage à votre réseau.

Pour le moment…

Pour le moment, pas besoin de carte de crédit 😇 💳 ! profitons-en 😁

A +

Épilogue : résultat du sondage

Le sondage est fermé depuis longtemps. Mais voici les votes qui ont été comptabilisé (sur linkedin)

L’article d’origine avec les résultats de vote est ici (sur Linkedin):

Combien coûte vraiment la publication d’un livre photo ? Lire la suite »

Pourquoi je ne photographie pas les manifestations agricoles

Depuis que je travaille sur un livre photo consacré aux agriculteurs d’aujourd’hui, une question revient souvent :

« Est-ce que tu vas voir les agriculteurs qui manifestent ? Ça doit faire de superbes photos. »

La réponse est simple :

Non.

Et pourtant, cela ne signifie absolument pas que je suis indifférent à leur situation.

Pourquoi je ne vais pas photographier les manifestations

Lorsque les agriculteurs manifestent, les médias sont déjà présents.

Ils documentent les barrages, les tracteurs, les pneus qui brûlent, les prises de parole et les tensions.

Je ne suis pas certain que mes photographies apporteraient quelque chose de plus à ce travail.

Surtout, je ne vois pas vraiment quel serait mon rôle sur place.

Journalisme et photographie documentaire

Mon travail n’est pas de couvrir l’actualité. Je ne suis pas journaliste. Je ne cherche pas à raconter ce qui s’est passé aujourd’hui ou ce qui fera la une demain matin.

Ce qui m’intéresse, c’est autre chose.

J’aime prendre le temps de rencontrer les gens, comprendre leur métier, écouter leur histoire et témoigner de leur quotidien.

C’est précisément l’ambition de ce projet de livre photo consacré au monde agricole.

Choisir les rencontres plutôt que les affrontements

J’ai donc fait un choix : Plutôt que de photographier les moments de tension, je préfère consacrer mon temps aux rencontres, aux journées passées dans les fermes, aux discussions autour d’une table ou aux heures passées dans les champs, les étables ou les ateliers.

Ce ne sont pas toujours les images les plus spectaculaires, mais ce sont souvent les plus sincères.

Montrer le monde agricole autrement

Le livre que je prépare ne sera pas un conte de fées.

Il ne cherchera pas non plus à ignorer les difficultés que traverse la profession.

Mais son objectif est ailleurs.

Je souhaite réaliser un témoignage humain, réaliste et positif sur les femmes et les hommes qui font vivre notre agriculture.

Parce que derrière les débats, les crises et les manifestations, il existe aussi des savoir-faire, des passions, des engagements et des parcours de vie qui méritent d’être racontés.

C’est là que je pense pouvoir être utile.

Et c’est là que je choisis de porter mon regard.

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Pourquoi se lancer dans des projets fous.

Il y a un an, je me lançais dans un projet un peu fou : écrire un livre photo sur la vie des agriculteurs d’aujourd’hui.

À l’époque, j’étais loin d’imaginer où cela allait me mener.

Je ne connaissais pratiquement personne dans le milieu agricole.

➡️ Zéro relation.
➡️ Zéro rendez-vous.
➡️ Zéro piste.

J’avais simplement rencontré un agriculteur par hasard en 2023. À ce moment-là, l’idée du livre n’existait même pas encore.

Sortir de sa zone de confort pour rencontrer des agriculteurs

Alors, qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?

J’ai pris mon téléphone, j’ai envoyé des messages, je suis allé sur des salons agricoles.

Bon, j’ai essuyé quelques silences aussi et quelques refus. Mais rien en comparaison de l’accueil de l’idée.

Mais finalement, j’ai rencontré et photographié sept agriculteurs.

Je ne vous raconte pas à quel point cela a malmené ma zone de confort. Entre mon activité professionnelle, les contraintes des reportages photo et les disponibilités des agriculteurs, la météo, et même le Tour de France, organiser chaque rencontre relevait parfois du casse-tête.

Mais avec le recul, je ne regrette rien. Toutes les rencontres ont été passionnantes.

Écrire un livre photo n’est qu’une partie du défi

Pendant longtemps, je pensais que le plus difficile serait de réaliser les photographies et de construire le livre.

Aujourd’hui, je commence à comprendre que ce n’est qu’une partie de l’aventure.

Car créer un livre, c’est bien. Le faire exister auprès des lecteurs, c’est autre chose.

Il faut terminer sa conception, trouver les bons partenaires pour l’édition, Puis le présenter… Le défendre.

Le proposer à ceux qui pourraient être intéressés.

Le défi qui me fait le plus peur

Et c’est probablement là que se trouve mon plus grand défi.

La vente.

Je ne viens pas du commerce. L’idée de devoir parler de mon travail, de le présenter et de convaincre des personnes de s’y intéresser me met parfois bien plus mal à l’aise que de partir photographier un inconnu. Pourtant, si ce livre doit voir le jour, il faudra franchir cette étape.

Alors j’avance.
Comme depuis le début.
Une rencontre après l’autre.
Une photo après l’autre.
Une page après l’autre.

Du premier agriculteur rencontré au défi de vendre un livre photo Lire la suite »

Se remettre en question.

Alors, vos vacances ? Bien ou bien ?

De mon côté, elles ont surtout été l’occasion de faire une vraie remise à plat de ce que je souhaite faire pour la suite.

Je suis passé par des hauts très hauts et des bas très bas.

Mais il y a un moment où il faut choisir une direction.

Même lorsque le brouillard est épais.

Même lorsque l’on ne sait pas exactement où le chemin mène.

On choisit une route et on avance.

Faire le tri dans les projets

Après avoir pris un peu de recul et fait le tri dans toutes les idées qui me trottaient dans la tête, une chose s’est imposée assez clairement :

Le livre photo consacré aux agriculteurs d’aujourd’hui est devenu ma priorité absolue.

Les rencontres réalisées ces derniers mois, les reportages photographiques, les témoignages recueillis sur le terrain… tout cela mérite d’aller au bout.

Le reste peut attendre.

Trouver le titre du livre

Il reste pourtant une étape particulièrement difficile.

➡️ Trouver un titre.
➡️ Un vrai titre.
➡️ Un titre qui raconte quelque chose.
➡️ Un titre qui n’existe pas déjà.

Et surtout !! Un titre à la hauteur des femmes et des hommes que je rencontre dans le cadre de ce projet consacré au monde agricole.

Alors si vous avez une idée, je suis preneur.

Le défi est simple : trouver un titre original qui puisse porter cette aventure.

Au plaisir de vous lire.

Pourquoi le livre sur les agriculteurs est devenu ma priorité Lire la suite »

Hé, mais c’est qui elle ?

C’est une brebis Manech à tête rousse.

Elle fait partie du troupeau de Roger et Mirenxu et vit au cœur du Pays basque. Je suis allé les rencontrer en mai dernier dans le cadre des reportages photographiques réalisés pour mon livre photo consacré aux agriculteurs d’aujourd’hui.

À l’heure où j’écris ces lignes, « Miss Manech » profite tranquillement de la montagne avec ses 450 copines.

Les brebis ont aussi leur caractère

D’ailleurs, saviez-vous que toutes les brebis ont leur propre caractère ?

Et oui… tout comme les humains.

En tout cas, celle-ci n’a pas eu peur de l’appareil photo. Contrairement à ses voisines en arrière-plan qui semblaient plutôt penser :

« Vas-y toi… moi, je reste ici ! »

Choisir les photos du livre

Je suis actuellement en train de trier les milliers de photos réalisées pour ce projet de livre photo sur le monde agricole.

Choisir les images qui figureront dans le livre n’est pas une tâche facile. Mais je n’ai pas résisté à l’envie de vous partager celle-ci.

Je la trouve absolument irrésistible.

Trop mignonne !

Une brebis Manech à tête rousse dans les montagnes du Pays basque Lire la suite »

Pourquoi cette machine étrange crache-t-elle de la poussière en pleine nuit ?

Je vous dis tout… mais avant cela, un peu de contexte.

J’ai la chance de travailler sur l’écriture d’un livre photo consacré aux agriculteurs d’aujourd’hui.

C’est dans ce cadre que j’ai eu l’opportunité d’accompagner plusieurs agriculteurs lors d’une soirée de moisson.

Une journée qui commence à 7 heures et finit après minuit

Leurs journées de moisson commencent vers 7 heures du matin avec l’entretien des machines et se terminent parfois vers 2 heures le lendemain.

Au moment où cette photo a été prise, il était déjà minuit passé.

La pleine lune éclairait les champs.

Les moissonneuses-batteuses de Brice et Frédéric tournaient à plein régime. Mais ils n’étaient pas seuls.

Pour que la récolte avance, il faut également transporter le blé jusqu’au silo. Trois tracteurs ou camions se relaient donc sans interruption.

Moissonner avant l’arrivée des orages

Il ne faut pas perdre de temps.

La météo annonçait encore des orages pour le lendemain.

Or, il est impossible de récolter du blé humide. Une fois stocké, il risquerait de se dégrader dans les silos.

Les agriculteurs travaillent donc jusqu’au plus tard possible, jusqu’à ce que le silo ferme ses portes ou que la fraîcheur de la nuit rende le moissonnage impossible.

Une moissonneuse-batteuse sous la lune

Finalement, cette étrange machine qui soulève un nuage de poussière n’est rien d’autre qu’une moissonneuse-batteuse qui n’a pas encore terminé sa journée.

Les hommes non plus, d’ailleurs.

Merci à eux de m’avoir permis de partager ce moment hors du temps et de découvrir une petite partie de leur quotidien.

Des instants comme celui-ci me rappellent pourquoi j’ai choisi de raconter le monde agricole à travers la photographie documentaire et ce projet de livre photo.

Une nuit de moisson avec des agriculteurs du Sud-Ouest Lire la suite »

Combien de temps survit-on sans iPhone ?

Et sans agriculteurs ? Combien de temps tient-on ?

Posée comme cela, la question est étrange. Ce sont des domaines qui n’ont rien à voir.

Pourtant, aujourd’hui, la keynote qui annonce la sortie du nouveau gadget technologique fait couler bien plus d’encre que le début des moissons compliquées dans le Sud-Ouest.

C’est comme ça. C’est triste, mais l’actualité du monde agricole n’attire plus les regards.

Les agriculteurs : un maillon essentiel de notre société

Seulement, le petit truc qu’il faudrait bien avoir en tête, c’est que jusqu’à preuve du contraire, les agriculteurs sont l’un des seuls liens vers notre source de nourriture.

Sans les agriculteurs, la stabilité de la société vacillerait en quelques mois, bien avant que le réchauffement climatique ne nous cuise.

Je ne sais pas vous, mais moi, je n’ai pas envie de le vivre.

Témoigner du monde agricole par la photographie

À mon échelle, je n’ai pas beaucoup de cartes à jouer pour tenter de changer le regard de la société sur une profession vitale.

✅ Je ne suis ni politicien ni élu.
✅ Je ne suis pas mécène.
✅ Je ne fais même pas partie du monde agricole, bien que j’aie étudié dans ce domaine.

La seule chose que je puisse faire, c’est d’aller à la rencontre des paysans d’aujourd’hui et de témoigner de ce qu’est le monde agricole à l’heure du réchauffement climatique, des crises de confiance et du désintéressement chronique.

Un livre photo pour raconter la vie des agriculteurs

Oui, voilà.

Je me suis lancé dans un pari totalement fou :

  • Écrire un livre.
  • Avec du vrai papier.
  • Qui parle de la vie de vraies personnes.
  • Avec de vraies photos.

Pas d’artifice. Que du naturel.

Je ne veux pas dévoiler trop vite la suite de cette aventure, mais les rencontres que j’ai déjà faites ces dernières semaines avec des acteurs du monde agricole sont d’une intensité, d’une profondeur et d’une franchise incroyables.

Alors, combien de temps tient-on sans les agriculteurs ?

Finalement, je ne veux pas le savoir.

Je préfère me lancer à fond dans la création d’un livre photo qui leur est entièrement dédié. Pour les mettre sur le devant de la scène.

C’est ma réponse.

Quelle est la vôtre ?

Pourquoi j’écris un livre photo sur le monde agricole ? Lire la suite »

Écrire un livre photo d’art en 2024 : une idée totalement inconsciente ?

C’est ce que je vais faire quand même.

Ça vous étonne ?

À l’heure de l’intelligence artificielle

✅ À l’heure de ChatGPT où tu peux lui demander de te générer le sommaire, les chapitres, l’introduction, la conclusion ou encore la quatrième de couverture…

✅ À l’heure où tu peux demander à Midjourney de te générer des photos sorties de nulle part, sans même sortir de chez toi…

✅ À l’heure où tu peux retoucher tes images à un tel point dans Photoshop et Lightroom que tu peux totalement redessiner ce que tu as loupé à la prise de vue…

✅ À l’heure où acheter du papier peut sembler ringard…

Toutes ces raisons me font penser que sortir un livre aujourd’hui est un combat perdu d’avance.

Est-ce que tout pourrait être généré en un clic de souris ? Peut-être.

Est-ce que cela aurait un intérêt ? J’en doute.

Le projet fou fou fou

La photographie, avant tout une histoire humaine

Tous ces outils, aussi puissants qu’ils soient, sont totalement incapables de donner une âme à une création.

Ce sont juste des outils qui ne sont doués d’aucune sensibilité, d’aucune envie. Ils assistent dans un travail, guère plus.

Quand tu souhaites témoigner en photographie de la vie des gens, pour raconter leur quotidien, rien ne vaut une bonne paire de chaussures et un appareil photo.

Pourquoi je me lance dans un livre photo

C’est pour toutes ces raisons que je me lance, sans rien y connaître, dans le monde de l’édition.

Je verrai bien où cela me mène.

La sensibilité, l’émotion, le courage et la peur sont ce qui nous distingue des machines.

Au prochain article, je vous raconterai le thème de ce projet de livre photo.

Et vous ?

Avez-vous déjà envisagé d’écrire un livre ? Un roman ?

Hâte de vous lire.

Écrire un livre photo d’art en 2024 : une idée totalement inconsciente ? Lire la suite »

Des tomes de Cantal Salers AOP rangées dans une cave de maturation

Destination … Loubejac.

C’est quoi vraiment la vie d’une famille d’agriculteurs aujourd’hui ? Qu’est-ce que ça implique aujourd’hui de fabriquer du fromage ? Est-ce que tout ce que l’on consomme provient forcément de grandes usines ou existe t’il des alternatives ?

Samedi matin, 6h20, je suis déjà levé depuis une demi-heure et je roule sur les petites routes du cantal en me posant toutes ces questions.

Voir toutes les images

Le jour aussi est déjà levé, mais il fait froid et gris. C’est le genre de météo que tu apprécies particulièrement quand tu peux rester te prélasser sous la couette.

Mais ce matin là, je n’ai pas le temps de flâner. Je me gare sur le bord de la route dans le lieu-dit de Loubejac en bordure du grand corps de ferme et j’enfile mes bottes en caoutchouc. C’est un des instruments de travail principaux, m’a dit Félix en riant lors de notre première rencontre.

vue générale de l'étable pendant la traite des vaches.

Ce matin, j’ai donc rendez-vous avec Félix Troupel, Agriculteur et producteur de Cantal Salers AOP.

Lui, il s’est levé depuis bien plus longtemps que moi, et pour lui, c’est le quotidien.

Le retour à la terre.

La ferme des Troupel est dans la famille depuis 1924 – Presque 100 ans ! Elle est nichée à une altitude de 800 mètres, à la frontière entre le Cantal et l’Aveyron, entre les villages de Carlat et de Cros-de-Ronesque. Ce qui est surprenant, c’est que la ferme se trouve encore dans le secteur géographique autorisé pour produire du Cantal AOP Salers.

Une tranche de fromage cantal

Si aujourd’hui on y produit du Salers AOP, la production n’a pas été continue pendant 100 ans. Petit retour en arrière, en 2008 : C’est l’année où le père de Félix prend sa retraite. La ferme ne produit déjà plus de fromage depuis quelques années.

Quant à Félix, en 2008, il a suivi une autre voie, totalement éloignée de l’agriculture : il est à l’époque cheminot depuis 13 ans.

Rien à voir avec le Cantal !

Seulement, à la retraite de son père,  il a dû faire un choix : Que faire de la ferme ? Que faire des bêtes ? Et que faire des prés et des terrains ? La vente de ceux-ci est tout à fait possible, les terrains manquent et ils feraient le bonheur d’un autre agriculteur. La mise en location est aussi une option techniquement envisageable.

Mais, contre toute attente, c’est une autre option qui a été prise. Le genre d’option qui n’est pas de tout repos et qui demande un courage et un engagement au quotidien.

.

Félix fait alors le pari de reprendre la ferme de ses parents. En 2008, il se met donc en disponibilité de la SNCF pendant un an et reprend l’activité en cours à l’époque à la ferme, à savoir la production de viande bovine. (système allaitant si on veut être précis)

Cependant, quelques années plus tard, sur les conseils de son père, Félix va transformer l’activité de production de viande par la production de Cantal. Bien entendu, la transformation ne s’est pas faite en un claquement de doigt.
Il faut alors remettre aux normes la fromagerie, réapprendre les gestes pour fabriquer du fromage et changer le cheptel qui n’est pas du tout adapté. C’est vrai que vu de loin, produire des vaches pour la viande ou pour faire du fromage, c’est quasiment la même chose. Quand on regarde le détail, c’est un tout autre métier.

La transition de l’exploitation et la relance de la fromagerie s’achèvera en 2017. Malheureusement le père de Félix n’aura pas la chance de voir l’achèvement du projet car il décédera un an avant la fin.

Pourquoi alors avoir renoncé à sa carrière de cheminot, un métier qualifié parfois de job « avec la sécurité de l’emploi » pour reprendre une exploitation agricole ? Pourquoi risquer de reprendre une activité dite saisonnière et soumise aux aléas climatiques ? Pourquoi vouloir affronter des incertitudes de revenus inhérentes au monde agricole ?

En entendant son histoire, je ne peux pas m’empêcher de lui demander pourquoi ; Pourquoi en effet avoir choisi le chemin qui semblait le plus difficile ? Félix me répond alors que se résoudre à vendre n’était pas possible. De plus, les enfants étaient motivés pour garder la ferme. Ils y ont toujours participé et même s’il n’étaient pas encore en âge de le faire, ils se voyaient perpétuer la tradition des grands parents.

Le pari était osé. Risqué même. Était-ce la bonne décision ? Finalement, les enfants de Félix sont-ils vraiment restés à la ferme ou bien sont-ils partis travailler ailleurs ? C’est quand même tentant les horaires de bureau, les week-end peinard, les congés payés et les samedi matin pluvieux sous la couette.

Allez ! Retour dans le présent, les deux pieds sur terre (dans les bottes) car ce matin, je rencontre une famille d’agriculteurs producteurs de Cantal Salers AOP.

Plongée dans le quotidien d’une famille d’agriculteurs.

Félix m’a donné rendez-vous entre 6h et 7h à l’étable. Il est déjà levé depuis bien plus longtemps que ça, mais les heures, c’est précisément ce qu’il ne compte plus trop aujourd’hui. Bien avant que j’arrive, Théo, Laurine et Félix sont partis chercher les bêtes pour les ramener à l’étable. La traite du matin, c’est à 6h et c’est tous les matins ! Les vaches produisent même le week-end.

L'agriculteur vérifie le niveau de remplissage du récipient de récolte du lait.

De plus, la production de fromage Salers impose un cahier des charges strict : Le lait doit être transformé en fromage sur le lieu même de la récolte. Donc pas de transport en camion vers une coopérative.

Enfin, il ne peut pas être stocké au froid et réchauffé pour être employé plus tard : Donc deux fois par jour, les 50 vaches sont traites et le fromage doit être fabriqué dans la foulée.

Tous les jours, deux fois par jour, entre le 15 avril et le 15 novembre, ce sont les mêmes gestes qui sont répétés.

Tout commence donc par la récolte du lait à la ferme très tôt le matin. Ce que l’on imagine pas, c’est que la fabrication du fromage commence très discrètement dès le moment où le lait est récolté. En effet, pendant la traite, le lait est récupéré dans des barriques de bois appelées « Gerles ».

Le récipient de récupération de la traite du lait est presque plein.

Pour l’AOP Salers, on s’interdit d’utiliser un tank à lait en acier inox car la gerle a des propriétés cachées : le bois de châtaignier dont elle est conçue va ensemencer le lait avec les micro-organismes contenus dans les fibres du bois. Ces micro-organismes vont participer à donner au Salers ce goût si caractéristique.

D’autre part, le bois facilitera aussi le maintien en température du lait. Finalement, ce n’est pas pour rien que l’utilisation de la gerle est imposée dans le cahier des charges AOP Salers.

Il est tout juste 8h00 et pendant que Théo va s’occuper de ramener les bêtes à la pâture et préparer l’étable pour la future traite du soir, Félix et Laurine changent de tenue pour se retrouver dans la fromagerie.

Dès la fin de traite, le lait y est emmené sans tarder car il faut l’employer très rapidement. Une des clefs de la réussite de la fabrication, c’est sa température : Trop froid ou trop chaud, le lait ne caillera pas correctement et la qualité du fromage sera directement impactée.

La première étape dans la fromagerie est donc l’emprésurage du lait directement dans la gerle. La présure est ajoutée pour que le lait caille. En à peine moins d’une heure, le lait contenu dans la gerle prendra alors la consistance d’un yaourt géant.

Cependant, pendant cette heure de pause, Laurine et Félix n’auront pas de temps à perdre : Ils vont devoir s’occuper de la production des jours précédents.

Ils commencent donc par « faire de la place » en retirant les tomes qui sont finies de presser et qui vont prendre le chemin de la cave d’affinage. Les autres tomes qui ne sont pas encore suffisamment sèches sont retournées et remises sous presse. Il reste encore à s’occuper des morceaux de tomes qui n’ont pas encore été moulées : Ces morceaux sont pesés, broyés et salés et mis en maturation. Enfin, le précédent mélange de tome broyé et salé sera tassé dans un moule et mis sous presse. Il sera lui aussi retourné plusieurs fois et pressé à plus de 600 kg et deviendra dans quelques jours un fromage d’environ 50 kg qui prendra lui aussi la direction de la cave d’affinage.

On prend alors conscience que lait récolté aujourd’hui commence une lente transformation qui va durer plusieurs jours dans la fromagerie et qui continuera pendant plusieurs mois en cave d’affinage avant d’arriver sur un plateau de fromage.

Mais pour l’instant, c’est le moment de s’occuper du lait caillé. Au bout d’une petite heure, Laurine et Félix entament de séparer le caillé du petit-lait. A l’aide d’un tranche-caillé, ils vont mixer de haut en bas le caillé pour le « découper ». Les mouvements sont fluides, la chorégraphie est lente, le fromage mérite qu’on y accorde du temps. Le tranche-caillé va permettre de créer des « grains » de fromage qui seront rassemblés dans le fond de la gerle, tandis que le petit-lait en surface sera écopé.

Laurine et Félix transfèrent alors la tome fraîche qui reste au fond de gerle dans une presse afin d’en sortir tout le petit lait qui y est encore contenu.

La tome sera pressée, découpée en gros cubes, mélangée et pressée à nouveau pendant toute la matinée jusqu’à atteindre le bon taux d’humidité. Le petit-lait qui est très abondant en début de presse va se faire de plus en plus rare au fil du temps.

Quand les morceaux de tome issus de la traite du matin sortent de la presse, ils sont mis au repos à maturer. Ils seront alors employés dans quelques jours pour y être à leur tour pesés, broyés, salés et moulés. En attendant, la fromagerie est déjà remise en ordre pour accueillir la traite du soir qui arrivera dans à peine quelques heures.

Il n’y a pas de temps mort dans la fabrication du Salers. Juste un cycle qui commence mi-avril et qui finit mi-novembre.

Quel avenir ?

Quand on demande à Félix s’il regrette ses choix, il sourit. C’est vrai que le pari de reprendre la ferme était osé. Mais si c’était à refaire, il le referait. D’ailleurs, les enfants viennent de rejoindre le GAEC familial. Ce n’était pas « juste » un rêve d’ado éphémère vite oublié ; C’est devenu un vrai engagement.

Laurine, sa fille, vient de terminer ses études au lycée Agricole alors que Théo, son fils, a fini sa formation en Maison Familiale Rurale.

Leurs diplômes en poche, la tête sur les épaules, ils sont là, tous les jours avec les parents, Félix et Cécile pour perpétuer la tradition de la fabrication du fromage Salers AOP.

L’histoire ne s’arrête pas là. Elle ne fait que commencer d’ailleurs car ils ont des défis à relever, et notamment d’arriver à moderniser par touches successives l’exploitation tout en conservant la tradition de la fabrication du Salers AOP exceptionnel.

Quand on achète un morceau de fromage, on a pas la moindre idée de l’engagement des femmes et des hommes qui œuvrent en coulisse pour perpétuer les traditions. Un grand merci à Félix, Laurine et Théo de m’avoir fait partager, le temps d’un matin, un moment de leur vie faite d’engagement, de passion et de courage.

3 agriculteurs sur le seuil de leur étable.

Voir toutes les images.

Portfolio

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Rencontre au pays du Cantal Salers AOP Lire la suite »

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